Turlas al mar / Rut Plouda
Poèmes traduits du vallader par Denise Mützenberg / Editions Troglodytes, Genève, 2018.
Le premier livre édité par la toute nouvelle et toute petite édition Les troglodytes dirigée par Denise Mützenberg et Claire Krähenbühl, qui se promet d’éditer surtout et d’abord de la poésie romanche pour la faire connaître et la préserver de l’oubli, est de Rut Plouda. Certains des poèmes denses et brefs qui le composent avaient déjà été publiés dans la magnifique anthologie de poésie romanche, traduits du vallader, un des parlers romanches pratiqués dans le canton des Grisons, par Denise Mützenberg, aux éditions Samizdat : Arué. Ils m’avaient déjà frappée par leur simplicité, leur droiture et leur discrète intensité.
Le titre de ce petit livre est Turlas al mar, qu’il est possible de traduire en français par Chocards à la mer. Denise Mützenberg, dans la préface, questionne ce titre un peu mystérieux, tendu entre l’océan et la montagne, entre le lointain et le proche :
Quant à la seule mer que [les chocards] connaîtront jamais, c’est la mer de brouillard qu’ils traversent en vrille.
Mais l’autre, la bleue, celle de Robinson, des îles et des marins, c’est dans la poésie de Rut Plouda qu’on la trouve. Robinson, il en est justement question dans une des courtes proses qui terminent le livre, un Robinson fragile, inquiet, un homme qui rêve de ne plus être enfermé dans ses illusions, quimaudit la désolation des ombres sur les parois de la grotte et attend avec un faible espoir que le jour se lève.Comme un conte ou un arrêt sur image, ces proses poétiques rêvent, venues d’on ne sait où, tenaces :Parfois il me vient des phrases et des bouts de phrases, juste comme ça, comme issues du néant.
Elles se posent l’une après l’autre, restent là et elles insistent.
La simplicité qui habite chacun des poèmes n’empêche ni à la beauté étrange et cosmique des images ni à la plénitude d’une musique de s’installer en quelques vers, pour durer plus longtemps que leur lecture, pour inciter à méditer, avec mélancolie parfois, mais toujours sans pesanteur.